© Warner Bros. France
Superman

Superman

de James Gunn

  • Superman

  • Etats-Unis2025
  • Réalisation : James Gunn
  • Scénario : James Gunn
  • d'après : Superman
  • de : Jerry Siegel, Joe Shuster
  • Image : Henry Braham
  • Décors : Beth Mickle
  • Costumes : Judianna Makovsky
  • Montage : Craig Alpert, William Hoy
  • Musique : David Fleming, John Murphy
  • Producteur(s) : DC Studios, Troll Court Entertainment, The Safran Company, Warner Bros.
  • Production : Warner Bros. France
  • Interprétation : David Corenswet (Clark Kent / Superman), Rachel Brosnahan (Lois Lane), Nicholas Hoult (Lex Luthor), Nathan Fillion (Guy Gardner / Green Lantern), Isabela Merced (Kendra Saunders / Hawkgirl), Edi Gathegi (Michael Holt / Mister Terrific), Skyler Gisondo (Jimmy Olsen),...
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Date de sortie : 9 juillet 2025
  • Durée : 2h09

Superman

de James Gunn

Pendant les travaux, le cinéma est fermé


Pendant les travaux, le cinéma est fermé

En choisissant James Gunn (transfuge de Marvel et architecte des trois volets des Gardiens de la galaxie) pour relancer ses franchises, DC Comics a moins fait appel à un cinéaste qu’à un chef de chantier ou à un bâtisseur d’univers – « DC Universe » est d’ailleurs le nom du nouvel « univers partagé » que Superman inaugure en grande pompe. Le film est à l’avenant : difficile d’en parler autrement que comme un objet industriel qui entend afficher son identité et proposer sa propre relecture d’une mythologie plastique. Car l’une des spécificités des comics est précisément de proposer un canevas d’histoires et de personnages, sujets à des variations ou récits alternatifs. Ainsi le film de super-héros se prête-t-il aussi bien à la frénésie sérielle qu’à la pratique du reboot afin de proposer plusieurs versions d’une même figure donnée. La chose se complique toutefois un peu avec Superman, personnage assez vide qui n’est en vérité qu’une silhouette idéale, un super-corps sans réelles aspérités. Plus qu’à réinventer l’icône (la marge de manœuvre est réduite), l’enjeu consiste ici à réaménager son habitat. Projet d’architecte, donc : quel monde habite Superman ? Il s’agit d’une Terre sur laquelle vivent depuis longtemps des « métahumains » (soit des individus dotés de super-pouvoirs divers et variés), tandis que des « kaijūs » venus des étoiles saccagent régulièrement Metropolis sans que cela émeuve ses habitants, habitués à ces invasions de créatures cyclopéennes. Dans une séquence, une bataille digne de Pacific Rim se déroule dans le flou de l’arrière-plan, tandis que Superman sirote un bon petit chocolat chaud : le gag, c’est que personne n’en a rien à faire, James Gunn compris. On est loin du sérieux sentencieux de Zack Snyder ou du réalisme froid des Batman de Christopher Nolan : ce Superman penche plutôt du côté de la gaudriole et du kitch en faisant la part belle à des personnages décalés – une Supergirl aux allures d’adolescente fêtarde, un chien kryptonien sautillant dans tous les sens, un Green Lantern arborant la coupe de cheveux de Mireille Mathieu.

Autrement dit, Gunn est là pour donner à la future saga une couleur, et cette dernière est volontairement bariolée. De là à parler de style, il n’y a qu’un pas qu’on ne franchira pas : si les scènes d’action ne sont pas si éloignées du baroquisme d’Aquaman de James Wan (les plans-séquences y font parfois penser), elles témoignent d’une laideur certaine, notamment au détour d’une scène située dans un « univers de poche » (un inframonde façonné par Lex Luthor) où l’übermensch au slip rouge se trouve à moitié noyé dans une rivière de pixels alors qu’il essaie de garder en vie un abominable bébé martien en images de synthèse. Pour contrebalancer ce programme régressif, le scénario propose pourtant une forme d’allégorie de l’état du vrai monde, en articulant l’intrigue autour de l’invasion d’un pays fictif à mi-chemin parfait entre l’Ukraine (un territoire riche en ressources sur lequel lorgne un dictateur à l’accent de l’Est) et la bande de Gaza (des civils habitant pauvrement cette étendue désertique y sont menacés par des soldats suréquipés aux velléités génocidaires). Quant à Lex Luthor, il incarne un possible avatar d’Elon Musk et d’une tech libertarienne rêvant de façonner des territoires utopiques affranchis des États-nations. Voilà le projet gunnien et ses propositions pour répondre aux cahiers des charges de DC ; un coup de barre à droite vers une frénésie adolescente débridée, un coup de barre à gauche vers une ébauche de discours politique (mais sans aller au bout : le fait que Superman soit un acteur de la scène géopolitique n’obéissant à aucun mandat international restera un problème en suspens). De toute façon, la valeur du chantier ne sera pas jaugée en fonction de la facture discursive et esthétique de « l’univers » esquissé – sur ce terrain, le film est supernul –, mais de sa capacité économique à rivaliser enfin avec le modèle marvellien. Ce combat de titans bouffis nous concerne-t-il ? Reprenons plutôt une tasse de chocolat chaud.

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