© Swashbuckler Films
The Palace

The Palace

de Roman Polanski

  • The Palace

  • Italie, France, Suisse, Pologne2023
  • Réalisation : Roman Polanski
  • Scénario : Roman Polanski, Jerzy Skolimowski
  • Musique : Alexandre Desplat
  • Producteur(s) : Paolo Del Brocco, Luca Barbareschi
  • Production : Rai Cinema, Eliseo Entertainment, CAB Productions, R.P. Productions, Lucky Bob
  • Interprétation : Oliver Masucci (Hansueli), Fanny Ardant (La comtesse), John Cleese (Arthur William Dallas III), Mickey Rourke (Bill Crush)...
  • Distributeur : Swashbuckler Films
  • Date de sortie : 15 mai 2024
  • Durée : 1h27

The Palace

de Roman Polanski

Maître de pacotille


Maître de pacotille

Paradant devant son armée de soubrettes, de bellboys et de cuisiniers, Hansueli, le maître d’hôtel du Palace de Gstaad, déballe son discours sur les préparatifs de la journée à venir, celle du 31 décembre 1999. Plan-séquence inutilement dispendieux, le monologue inaugural de The Palace laisse deviner, derrière la figure du manager, un autoportrait du cinéaste en petit chef d’orchestre faisant la démonstration de son sens du timing – au point que la scène se termine par l’annonce, à la seconde près, de la sonnerie qui initie la journée de travail. On est en droit de s’étonner devant la complaisance de cette ouverture, tant le film se révèle justement indigent sur le plan de la mise en scène et de la mécanique comique. Sa réception glaciale au dernier Festival de Venise s’avère amplement méritée : outre que Polanski est devenu, depuis #MeToo, l’un des visages de l’impunité à l’égard des violences sexuelles, le film, jamais drôle, est un monument de vulgarité.

Doté d’un casting moins flamboyant que celui des précédents films du cinéaste, The Palace tient plutôt de la maison de repos pour has been, sadisés par un cinéaste à bout de souffle. Face aux outrances du scénario (au programme : analyse d’étrons à la petite cuillère, relation sexuelle entre un chien et un pingouin…), le film évoque par endroits un succédané de Sans filtre, avec lequel il partage le cynisme (opportuniste) à l’égard des ultra-riches. Reste qu’Östlund se révèle un bien meilleur cinéaste comique : Polanski semble particulièrement peu inspiré sur le plan du burlesque, le jeu caricatural de ses comédiens fatigués ruinant le tempo de ses vignettes. Tourné dans la villégiature suisse de Gstaad où le réalisateur réside depuis quarante ans, avec une troupe d’acteurs manifestement choisis pour le soutien qu’ils lui ont apporté face à ses accusations de viols (Fanny Ardant, John Cleese), The Palace prend l’apparence d’un film-caveau où Polanski s’adonne à sa méchanceté coutumière. Le film se pare ainsi d’une aigreur assez réactionnaire, soulignée dans le réquisitoire contre le nouveau millénaire : en situant le film à la veille du « Y2k » (dénomination anglaise du bug de l’an 2000), le film dresse le portrait d’une classe dirigeante inféodée au pouvoir de l’argent et sombrant irrémédiablement dans la folie. Polanski en profite pour faire aussi un grand procès du monde contemporain, où se mêlent, dans la plus parfaite confusion, l’épouvantail de l’islamisme radical (cf. l’apparition aléatoire et fantomatique de femmes en burqa), le néolibéralisme débridé et la menace autoritaire – en la personne de Vladimir Poutine, dont on voit l’accession au pouvoir le soir de la Saint-Sylvestre. Face à un tel salmigondis, il est difficile de donner le moindre crédit à la posture de surplomb adoptée par le cinéaste, épinglant cruellement les manies de ses congénères, comme s’il était le seul à avoir les mains propres.

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