Rehana Maryam Noor (Un Certain Regard) est de ces films qui, du premier au dernier plan, ne dévient pas de leur route ; ils sont, pour dire les choses trivialement, en mission. Cela tombe bien, l’héroïne du film, Rehana, est une obstinée qui, tête baissée, affronte une société patriarcale structurant l’ensemble des couches sociales et intimes que le film met en scène. Plus spécifiquement, le film s’articule autour du combat de la jeune professeure en médecine pour dénoncer les abus sexuels d’un confrère estimé. Abdullah Mohammad Saad organise son périple en tablant sur un sentiment de claustration (aucune scène d’extérieur), une esthétique tout à la fois réaliste et sensorielle (aucune musique extra-diégétique, mais une bande sonore parfois très assourdissante qui retranscrit l’état intérieur des personnages), des plans-séquences à suspense, et surtout une dévitalisation de la lumière et des couleurs. Tout le film baigne ainsi dans une lumière mi-blanche mi-bleutée, en somme une lumière d’hôpital, mais aussi de prison (le film s’ouvre et se referme d’ailleurs sur une porte bloquée).
On pourra donc considérer que la forme fait parfaitement corps avec le sujet, au risque de cultiver une conception de la mise en scène assez monolithique, où seules quelques maigres oscillations viennent perturber le cours imperturbable d’un scénario bulldozer. Pas de surprise d’une coupe à l’autre ; pas de ruptures de tons, ou si peu ; pas autre chose que l’impression d’assister à un film certes tenu, mais aussi très bon élève, qui reproduit des formules et des tics vus mille fois ailleurs. Le film avait pourtant une porte de sortie pour apporter un peu de complexité à ce portrait d’une combattante forcenée : le rapport qu’elle entretient avec sa fille, où la mère reproduit finalement, par maladresse et manque de communication, une forme d’arbitraire. C’est que le récit tente aussi de brouiller les cartes en faisant de Rehana une figure vaguement ambiguë (par exemple : elle tente de révéler au grand jour les exactions de son collègue par un mensonge), sans pour autant que la chose prenne : le cinéaste a beau laisser certaines scènes et éléments hors champ, son film reste sans mystère.