Accueil > Actualité ciné > Critique > Captain America : Le Soldat de l’hiver mardi 25 mars 2014

Critique Captain America : Le Soldat de l'hiver

Les contrecoups de 9/11, par Pierre-Édouard Peillon

Captain America : Le Soldat de l’hiver

Captain America : The Winter Soldier

réalisé par Anthony Russo, Joe Russo

Arrivé en queue de peloton, une fois que tous ses camarades Avengers avaient déjà fait leur tour de présentation dans des films individuels, Captain America fermait idéalement la marche pour la simple et bonne raison qu’il est la mascotte de cette troupe. Sa première aventure, Captain America : First Avenger, montrait moins la naissance d’un héros que sa fabrique : objet sculpté autant pour le combat que pour le marketing, ce super-patriote dévoilait la vraie nature des super-héros en paradant au son d’un jingle jovial sur les scènes des music-halls, bandant pour le show des muscles de baudruches gonflés en quelques injections. Si cette introduction très pop du personnage présentait un véritable intérêt, c’est parce qu’elle était si ouvertement honnête sur l’esthétique générale de l’univers Marvel au cinéma, désireuse d’atteindre un point de rencontre entre régime publicitaire des images et élaboration d’une mythologie américaine post-11 septembre.

Bien moins fantaisiste que son prédécesseur, Captain America : Le Soldat de l’hiver tourne le dos à ce qui faisait la saveur un peu pulp du premier opus pour se dédier intégralement à un sous-texte politique pétri de didactisme qui, tout aussi facilement lisible qu’il soit, offre un discours biface – à la fois violemment subversif et foncièrement neu-neu. Si le film suscite un certain enthousiasme, ce n’est certainement pas grâce à sa réalisation platement classique ou à son scénario paranoïaque complètement pompé du côté des Mission Impossible (le complot à l’intérieur de l’organisation qui fait du héros un paria), mais bien parce qu’il fait du gigantisme divertissant de Marvel le bélier capable d’enfoncer les portes de la NSA. Car, il ne fait aucun doute très rapidement que Captain America ne combat rien d’autre que ce que représente la National Security Agency : le principe de sécurité liberticide.

Captain America vs la NSA

L’histoire est assez simple : tandis que l’agence S.H.I.E.L.D. finalise la construction de trois vaisseaux de guerre titanesques chargés de flotter dans l’air pour dissuader toute attaque terroriste, une faction dissidente tente de détourner ce projet pour éradiquer d’un seul coup tous ses ennemis, identifiés grâce à... leurs activités sur internet. On ne pouvait faire plus clair comme message politique. Plutôt que d’explorer les plaies de 9/11 comme l’ont fait quasiment tout les films de super-héros depuis une décennie, Le Soldat de l’hiver s’attarde donc sur les contrecoups des attentats – en d’autres mots sur le fait que le 11 septembre légitimerait, selon l’armée américaine, une surveillance accrue des populations du monde entier. Dans son attaque contre la NSA, le film va assez loin, n’hésitant pas à faire de ses personnages séditieux en faveur d’une sécurité préventive des nazis. Tout simplement... Mais, c’est justement dans l’incroyable virulence de cette charge que ce deuxième Captain America perd paradoxalement de sa force dénonciatrice : puisque les vilains ne sont que les héritiers des nazis jusqu’au-boutistes du premier épisode (malheureusement sans la dimension mythologique chargée de magie noire), toute forme d’ambiguïté s’évapore d’un seul coup en rejouant finalement un conflit daté plutôt que d’affronter véritablement la situation actuelle. Quoi qu’il en soit, le film maintient tout de même l’illusion d’être un blockbuster capable de catapulter un brûlot politique dans les salles du monde entier, tout ça parce qu’il montre la patte blanche du simple divertissement pendant que, de l’autre main, il porte quelques coups maladroits, mais particulièrement agressifs, à l’une des institutions les plus puissantes du globe.

Annonces