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Întregalde

Întregalde

de Radu Muntean

Întregalde

de Radu Muntean

Charité bien ordonnée


Charité bien ordonnée

Onze ans après Mardi après Noël, présenté à Un certain regard, Radu Muntean propose un conte de Noël social. Une petite équipe de bourgeois de Bucarest entame avec bonne humeur sa tournée de bienfaisance annuelle en allant distribuer des repas de fête dans des villages de montagne reculés. Le but inavoué de l’expédition est aussi de se réunir pour une nuit de fête dans un chalet après avoir profité d’une virée en 4x4. Les discussions de ces humanitaires de réveillon tournent autour des aspirations de leurs vies personnelles, et la bonne entente de façade entre ces « collègues », comme ils s’appellent, se craquèle vite pour laisser place à des jalousies et des frustrations. Rapidement, le véhicule tout terrain dévie de sa route et entraîne le récit hors des sentiers de la chronique de la vie bourgeoise. Un vieil homme, Kente Aron, demande à l’une des voitures de l’emmener dans une scierie dont on apprendra qu’elle a cessé son activité depuis plus de dix ans. Et la voiture, alors, de s’embourber sur un chemin forestier. L’homme de la montagne, interprété comme les autres villageois par un autochtone non-acteur, radote de vieilles histoires sans comprendre exactement qui sont ses interlocuteurs.

Douce nuit

Lorsque la nuit tombe dans les bois et que le gel bloque la circulation du véhicule, on s’attend alors à assister à un remake du Délivrance de John Boorman, dans lequel le ressentiment des villageois faisait virer le séjour des citadins à l’horreur. Mais les blagues des personnages et les spéculations du spectateur sur la menace de potentiels loups, violeurs ou fantômes tournent court. Contre toute attente, c’est plutôt une touche burlesque qu’apporte la tombée de la nuit. L’unité de temps, de lieu et d’action n’enferme pas le récit vers la claustration, mais au contraire ne cesse de l’ouvrir à de nouvelles nuances.

Si le film ne vire jamais au drame, c’est qu’il ne peut rien arriver de grave à ces bucarestois suréquipés en lampes torche, victuailles et équipement de montagne, qui ne risquent rien, même dans ces conditions climatiques hostiles. Le sujet se centre alors sur la solidarité, envers ceux qu’ils sont venus aider, mais aussi entre eux face à la difficulté des conditions dans lesquelles ils passent la nuit. Plus tôt dans le film, un couple se chamaillait sur l’opportunité de perpétuer la croyance dans le Père Noël, la femme objectant à son mari que cette générosité repose sur un mensonge qui, passé la joie de quelques réveillons, aboutit à une déception. De fait, la charité de l’équipe humanitaire est à double tranchant. Après cette aventure d’une nuit, le réveil sous la neige a des airs d’épiphanie. Les passagers de la voiture sont sauvés au petit matin par une charrette, version campagnarde d’un traîneau du Père Noël. Les seuls spectres du film sont en fait les villageois, qui mènent une existence vouée à disparaitre ; la menace pesant sur eux, c’est avant tout la perspective que des gens venus d’ailleurs ne viennent fermer la porte, au sens propre comme au figuré, sur leur manière de vivre.

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