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Espions sur la Tamise

Espions sur la Tamise

de Fritz Lang

  • Espions sur la Tamise
  • (Ministry of Fear)

  • États-Unis1944
  • Réalisation : Fritz Lang
  • Scénario : Seton I. Miller
  • d'après : le roman Le Ministère de la peur
  • de : Graham Greene
  • Image : Henry Sharp
  • Montage : Archie Marshek
  • Musique : Victor Young
  • Producteur(s) : Buddy G. DeSylva, Seton I. Miller
  • Production : Paramount Pictures
  • Interprétation : Ray Milland (Stephen Neale), Marjorie Reynolds (Carla Hilfe), Carl Esmond (Willi Hilfe), Hillary Brooke (la jeune Mme Bellane), Percy Waram (Insp. Prentice), Dan Duryea (Cost / Travers), Alan Napier (Dr Forrester), Erskine Sanford (George Rennit), Mary Field (Martha Penteel), Aminta Dyne (la vieille Mme Bellane)...
  • Éditeur DVD : Carlotta Films
  • Date de sortie DVD : 4 juillet 2007
  • Durée : 1h23

Espions sur la Tamise

de Fritz Lang

Le criminel résistant


Le criminel résistant

Tout comme House by the River édité en DVD il y a quelques semaines, Espions sur la Tamise fait partie de ces films oubliés de Fritz Lang qu’il convient pourtant de redécouvrir. Agrémenté d’un bonus où Jean Douchet commente la figure du héros « langien », Espions sur la Tamise est avant tout un témoignage de son époque, réalisé en 1944, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale.

Fritz Lang est probablement l’un des cinéastes qui furent le plus marqués par l’histoire dramatique de son pays, l’Allemagne. De ses premiers chefs-d’œuvre réalisés là-bas à la reconversion accomplie avec brio au sein de l’industrie hollywoodienne, toute la filmographie de Lang est traversée par cette représentation très sombre de l’humanité où le cynisme, la lâcheté et l’abêtissement des foules nourrissent des sentiments tout aussi sombres de culpabilité et de vengeance. L’arrivée d’Hitler et l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale sont autant d’événements qui s’imposent au premier plan (Chasse à l’homme en 1941, Les bourreaux meurent aussi en 1943) ou en sous-texte, en abordant par exemple la question délicate de la vengeance et de la justice par soi-même qui a gangrené le peuple allemand au point de laisser Hitler prendre le pouvoir (M le Maudit en 1931, Furie en 1936 ou encore Règlement de comptes en 1953).

Espions sur la Tamise (Le Ministère de la peur fut un temps l’autre titre du film) fait partie de cette première catégorie. Réalisé en 1942, le film prend très clairement pour toile de fond le nazisme et le contre-espionnage dans un Londres constamment sous la menace des bombardements. Cet ancrage historique particulièrement vivace s’organise autour de Stephen Neale – tout juste libéré d’un hôpital psychiatrique où il était interné pour meurtre – qui se retrouve, malgré lui, plongé dans une affaire d’espionnage. Alors qu’il redécouvre à peine les plaisirs de la liberté dans le cadre d’une fête de charité, il remporte un gâteau mystérieusement convoité par les autres participants et qui se révèle être la parfaite cachette d’un document secret qui met le nouveau venu dans une situation autant compromettante vis-à-vis de la police que des espions nazis.

Pour ce héros pétri de culpabilité (le meurtre qu’il a commis s’est produit dans des circonstances particulièrement compliquées) qui ne cherche qu’à se racheter, le complot auquel il est soudainement confronté est pour lui l’occasion d’exister de nouveau, de retrouver une identité et une dignité dont on l’avait privé jusque là. Alors que les ruelles de Londres, magnifiées par les clair-obscurs expressionnistes dont Fritz Lang a le secret, se révèlent toujours plus menaçantes, le scénario nous invite à un vrai jeu de piste où l’identité de chaque personnage est sujette à de nombreuses questions. Mais surtout, c’est l’engagement idéologique de la jeune femme amoureuse de Stephen Neale qui déterminera l’issue de ce film rocambolesque. Car si Fritz Lang s’attache à rendre cette histoire palpitante en privilégiant l’efficacité du montage, la résistance face à la monstruosité nazie reste le sujet central de cette œuvre injustement oubliée.

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