On aura compté une bonne poignée de films en noir et blanc à la Quinzaine, cette année — et pas toujours pour le meilleur, la plupart des réalisateurs semblant rechercher avant tout, dans ce choix, la beauté photographique un peu poseuse des plans : ce sont Little Baby Jesus of Flandr, Shit Year, Todos Vós Sodes Capitáns et le moyen métrage de Louis Garrel Petit tailleur. Shit Year : « l’année de merde » d’une actrice célèbre qui prend sa retraite, s’entiche d’un toy-boy auprès duquel elle cherche la jeunesse qu’elle a perdue, et se morfond dans la solitude, l’aigreur et le vide existentiel que sa maison de campagne lui laissent pour seule compagnie fidèle. On a vite fait le tour de ce sujet qui aurait pu tenir sur un court métrage. Or Cam Archer veut en faire un long ; il récupère donc quantité d’idées d’inspiration majoritairement lynchienne (noir et blanc façon Eraserhead, silhouettes étranges, bureau de science-fiction où la conscience s’auto-interroge, déstructuration de séquence etc.) qui ne font que sur-illustrer en boucle les thématiques déjà cernées en un quart d’heure, avec une touche d’étrangeté tape-à-l’œil n’exprimant rien d’autre qu’elle-même et propre à réduire l’ensemble à la stérilité de ce qui aurait pu se dégager avec moins de chichis. Seul l’émouvant abattage d’Ellen Barkin dans un rôle pas si loin de l’auto-biopic, elle-même actrice autrefois cotée (Dans la peau d’une blonde de Blake Edwards, Down by Law de Jarmusch, Mélodie pour un meurtre…) mais qui a subi le cap de la cinquantaine souvent fatal à Hollywood et les assauts de la chirurgie esthétique, empêche cet objet prétentieux d’être une totale perte de temps.
Shit Year
Shit Year
Soutenez Critikat
Si Critikat est une revue accessible gratuitement, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement.
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !