© Universal Studios
Wolf Man

Wolf Man

de Leigh Whannell

  • Wolf Man

  • Etats-Unis2025
  • Réalisation : Leigh Whannell
  • Scénario : Leigh Whannell, Corbett Tuck
  • d'après : Le Loup-garou
  • de : Curt Siodmak
  • Image : Stefan Duscio
  • Musique : Benjamin Wallfisch
  • Producteur(s) : Jason Blum, Ryan Gosling
  • Production : Blumhouse Productions, Motel Movies
  • Interprétation : Julia Garner (Charlotte), Christopher Abott (Blake), Matilda Firth (Ginger)...
  • Distributeur : Universal Studios
  • Date de sortie : 15 janvier 2025
  • Durée : 1h43

Wolf Man

de Leigh Whannell

Loup y es-tu


Loup y es-tu

« On a beau l’avoir vu des milliers de fois, on ne s’en lasse jamais », déclare un personnage au début de Wolf Man, alors qu’il contemple un paysage forestier. Difficile de ne pas lire dans cette adresse une mise en abyme, comme s’il s’agissait de s’excuser pour cette énième itération du mythe du loup-garou. Il faut dire qu’entre la sortie du Nosferatu de Robert Eggers et celle, à venir, du Frankenstein de Guillermo del Toro, les grandes figures traditionnelles du cinéma fantastique hollywoodien ne cessent de refaire surface – Leigh Whannell avait d’ailleurs lui-même déjà signé une nouvelle version de l’homme invisible Blumhouse. Comme Invisible Man, justement, son nouveau film entend réactualiser un mythe horrifique en préférant un ancrage contemporain à la resucée d’une imagerie éculée : ici, pas question de pleine lune ni de balles en argent ou de cultes ésotériques. Une simple griffure condamne Blake à se transformer en bête, peu après son arrivée dans l’Oregon de son enfance, en compagnie de sa femme Charlotte et de sa fille Ginger. On ne saura rien de plus sur l’origine de cette étrange malédiction, et c’est tant mieux. Whannell (qui a aussi écrit le film) fait par ailleurs le choix pertinent de resserrer l’essentiel de l’action sur une seule nuit, s’émancipant ainsi du ronron habituel du genre (va-et-vient entre apparence humaine et lycanthrope, vie cachée, traque, etc.). Seule la transformation en elle-même l’intéresse, entendue comme un glissement progressif et inéluctable du personnage vers une folie meurtrière. Si le film fait penser bien entendu à Shining, c’est plus encore l’ombre de Shyamalan qui est ici palpable, tandis que Blake, dans une ferme perdue au fond des bois, est contraint de faire face au surgissement de l’inimaginable.

À l’image de Signes ou du récent Knock at the Cabin, Wolf man est, tout du moins dans un premier temps, une variation singulière sur le genre du home invasion : la famille cherche en effet à maintenir une inquiétante créature à l’extérieur. Parallèlement, Blake se déshumanise petit à petit, jusqu’à voir sa perception s’altérer. C’est en adoptant son point de vue en mutation que le film livre ses scènes les plus réussies : on n’assiste pas seulement à sa métamorphose, mais aussi au changement radical de sa vision du monde. L’idée accouche notamment d’un beau face à face entre mari et femme. Alors que la caméra s’éloigne de Blake pour s’approcher de Charlotte, l’aspect de la pièce change et les paroles se reconfigurent en bruits étranges, à tel point que les mots de son épouse lui sont désormais incompréhensibles. Le champ-contrechamp qui s’ensuit laisse chaque personnage seul dans « son » cadre : les deux se regardent, incapables de briser leur isolement respectif ; désormais, ils seront enfermés dans des champs perceptifs étanches l’un à l’autre. On regrette que le film ne s’attarde pas davantage sur ces étapes intermédiaires et intimes de la mutation, tant elles parviennent à produire quelques visions terribles, à l’image de ce plan où Charlotte observe, sidérée, son mari en train de boire son propre sang. Le lien entre lycanthropie et résurgence d’une masculinité toxique héritée du père de Blake a beau être plus ou moins clairement énoncé, Wolf Man a le mérite de ne pas trop se perdre en discours ou en justifications allégoriques. Il adopte essentiellement un regard tragique, retraçant la prise de conscience d’un homme qui devient, contre son gré, une figure d’altérité. Le film ne tient malheureusement pas cette proposition inspirée jusqu’au bout, délaissant notamment le regard de la fille sur ce père qui ne parvient plus à garder le contrôle de lui-même, au profit de scènes de poursuite plus génériques. Il n’empêche : Wolf Man confirme que le travail de Whannel est à surveiller.

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