Vu sur le Net : 4K UHD 1000fps

Vu sur le Net : 4K UHD 1000fps

Vu sur le Net : 4K UHD 1000fps

Bande démo


Bande démo

Chaque semaine pendant le confinement, focus sur une vidéo ou une chaîne glanée sur Internet.

Quand il est question de démos techniques sur Internet, la chaîne de Dustin Farrell, forte de ses millions de vues, apparaît bien souvent en tête de liste. Parmi ses timelapses et autres vidéos en « 4K UHD 1000fps » (parfois un peu déroutantes), on y trouve des compilations de phénomènes météorologiques. Dans ces showreels aux allures de blockbusters, la nature s’exhibe en muse d’un arsenal machinique, égérie d’une caméra d’un nouveau genre : la Phantom Flex 4K, avec sa définition démentielle (4096 fois 2304 pixels, légèrement réduite aux normes Youtube) et sa cadence élevée d’enregistrement (938 images par seconde) qui rend possible d’incroyables slow-motions. D’un côté, la technique vise à magnifier la nature, en donnant à voir tous ses tressaillements jusqu’à la moindre étincelle – en particulier le foudroiement des éclairs. De l’autre, elle est au contraire l’instrument qui permet à l’opérateur de surpasser la nature, d’en capturer l’ensemble des pulsations avant de la tronçonner ensuite sur la table de montage. Dans le cadre d’une bande démo, format qui concerne à vrai dire l’ensemble des vidéos proposées sur la chaîne, cette seconde tendance prend bien souvent l’ascendant sur la première. C’est que Dustin Farrell n’a rien d’un Turner du numérique. Il est même un anti-Perconte, peu enclin à laisser les paysages en face de lui guider la plasticité de ses images. La diversité des paysages rassemblés dans une vidéo comme Transient 2 est à ce titre gommée par un filtre où le contraste et la saturation des couleurs, poussés au maximum, donnent à chaque panorama l’allure d’un poster en papier glacé ou d’une photo dans un calendrier. Pressé de déployer ses effets, le montage n’est lui non plus pas en reste, et ne retient des phénomènes naturels que leur climax, accélérant ou ralentissant au besoin leur déroulement selon une logique de contraction ou de dilatation. Quant à la bande-son, le constat est encore plus net : c’est la musique qui impose son rythme au défilement des images. À la manière d’un vidéoclip, tout nouveau plan ne peut apparaître qu’à condition de suivre le tempo d’un morceau tonitruant, contraint de laisser sa place à un autre à la fin de chaque mesure. De sorte que la nature finit par être ravalée dans cette capsule visant essentiellement à vendre (une caméra) et à se vendre (une maîtrise technique, un statut de chef opérateur, mais surtout un nom – cf. les génériques stylisés en lettres capitales). Entre les mains d’un matamore pour qui l’utilisation d’une technologie de pointe permet avant tout de bander les muscles, un tel outillage s’accompagne ainsi de la tentation de dominer son sujet autant que ses pairs : dominer la nature pour s’en servir de carte de visite, mais aussi dominer tout un pan de la culture web en faisant l’étalage de sa puissance de feu, dans une débauche de moyens qui contraste avec la modestie de ce que l’on peut trouver ailleurs sur Internet.

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