Vu sur le Net : Build Amazing House in the Deep Forest

Vu sur le Net : Build Amazing House in the Deep Forest

Vu sur le Net : Build Amazing House in the Deep Forest

Au calme


Au calme

Chaque semaine pendant le confinement, focus sur une vidéo ou une chaîne glanée sur Internet.

Depuis un an, de nombreuses vidéos et chaînes du même genre fleurissent sur Youtube, appliquant un programme similaire : donner à voir, en une quinzaine de minutes seulement, la construction de A à Z d’une maison au beau milieu de la jungle. Un homme ou deux, équipés d’une pioche ou d’un bâton, vont et viennent entre la forêt et une petite clairière défrichée. En accéléré, ils creusent et sculptent la terre, recouvrent les murs de peinture ou remplissent un bassin d’eau claire. Les constructions sont toutes filmées de la même façon, depuis différents points fixes d’où l’on suit les faits et gestes des travailleurs, tantôt raccourcis tantôt retranscrits en détail par le montage ; soit une véritable mise en scène du labeur, où tout se construit en vue d’être vu, en témoigne le premier plan d’une de ces vidéos, dans lequel deux ouvriers semblent labourer directement l’écran, conscients d’être filmés. En dépit de leurs efforts (plusieurs jours de travail, beaucoup de pelletés et d’aller-retours), leurs édifices s’exhibent toujours dans leur futilité : une fois l’œuvre achevée, l’artisan plonge dans sa piscine, fait quelques brasses puis se couche sur son lit avant que la vidéo ne s’achève, faute d’avoir quelque chose d’autre à montrer. Prétextes à des tutos essentiellement performatifs (personne n’ira reproduire la construction dans son jardin), les bâtisses n’ont en fait aucune utilité si ce n’est celle du spectacle de leur érection ; la jungle se voit privée d’une de ses précieuses parcelles pour le seul plaisir de l’internaute. Malgré tout, notre curiosité nous mène vers une autre vidéo, avide de ces petits Eden boueux. Il faut dire que ces capsules fascinent à tous les coups : voir une « Secret Underground House » en train de se faire, c’est tout d’abord contempler la forme en train de se former, plongé dans une douce hypnose architecturale, mais c’est aussi être témoin d’un savoir-faire qui contraste avec le tout-venant de la culture web, loin du Youtube game et ses joueurs hurlant dans leur chambre. Il n’est cependant pas question d’être dupe, car c’est précisément de ce décalage entre une certaine image d’Épinal (l’ouvrier basané qui met la main à la pâte) et son audience (plutôt pâle et citadine, peu encline à travailler la terre – un rapide détour dans les commentaires ou devant le miroir le plus proche suffit pour s’en assurer) que le mythe d’un retour à la nature thoraldien, promesse d’une simplicité retrouvée, se matérialise à l’écran. Une authenticité de façade qui reste pliée à un éternel fantasme d’adolescent : celle de la cabane isolée dans les bois, loin des autres et du monde, avec piscine et toboggan inclus. L’essentiel, non ?

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