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Vampires, saison 1

Vampires, saison 1

  • Vampires, saison 1

  • France2020
  • Scénario : Benjamin Dupas, Isaure Pisani-Ferry, Anne Cissé
  • d'après : le roman éponyme
  • de : Thierry Jonquet
  • Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
  • Costumes : Elsa Bourdin, Floriane Gaudin
  • Musique : Jérôme Echenoz
  • Producteur(s) : André Bouvard, Benjamin Dupas, Antoine Szymalka
  • Production : Netflix
  • Interprétation : Oulaya Amamra (Doïna Radescu), Suzanne Clément (Martha Radescu), Aliocha Schneider (Ladislas Nemeth), Kate Moran (Csilla Nemeth), Pierre Lotin (Rad Radescu), Juliette Cardinsky (Irina Radescu), Dylan Robert (Nacer)...
  • Distributeur : Netflix France
  • Date de sortie : 20 mars 2020
  • Durée : 6 épisodes

Vampires, saison 1

Excès de sérieux et péché de gourmandise


Excès de sérieux et péché de gourmandise

Malgré son ancrage vampirique et un imposant casting césarisé, la dernière série signée Netflix France réussit le prodige de manquer de mordant par excès de gourmandise. Racontant les déboires de Doïna Radescu (Oulaya Amamra) et de sa famille de vampires face aux Nemeth, les chefs de la dangereuse Organisation (une association de buveurs de sang que les Radescu ont quittée 17 ans plus tôt), la série manifeste, plutôt qu’un goût pour le sang frais, un penchant immodéré pour les sous-intrigues et les renversements de situation introduits au forceps. Père mystérieusement assassiné, recherches scientifiques secrètes, règlements de compte ancestraux, histoires d’amour et trahisons en tout genre : en six épisodes, Vampires offre à son spectateur une avalanche de rebondissements imprévisibles à l’intérieur d’une intrigue invraisemblable. On pourrait y voir de la générosité (entachée par un esprit de sérieux qui fait sombrer chaque situation aux confins du ridicule), mais cette accumulation de péripéties pointe avant tout l’incompétence de scénaristes en quête d’une impossible quadrature du cercle : faire rentrer en force, dans un format de mini-série, un récit ambitieux de soap-opera – genre précisément défini par ses incessants renversements de relation d’autorité. Cette absence de clairvoyance se révèle d’autant plus rageante que la série abandonne presque immédiatement ce qui la rendait singulière, à savoir son implantation socio-géographique. Située à Belleville, comme dans le roman inachevé de Thierry Jonquet à l’origine de la série, Vampires quitte vite le terrain de l’analyse sociale aux profits de luttes claniques dans les décors pompiers de l’Organisation. La rigueur documentaire se résume ainsi à quelques rappels pointant la précarité de la famille (Andrea, le cadet des Radescu, vend des cigarettes à la sauvette), laissés de côté lorsque le récit s’enfonce dans des lieux a priori plus propices au surgissement de l’horreur (appartements haussmanniens aux couloirs labyrinthiques, gare de triage et hangars glauques). Tout cela s’opère néanmoins en pure perte, tant Vampires s’avère incapable de susciter le moindre effroi. La faute revient en partie à une direction artistique qui, à grand renfort de néons multicolores et de caméras tournoyantes, préfère l’expérience sensorielle et les jump scares à l’installation patiente d’un climat d’angoisse[1]À la décharge de la série, on notera cependant que l’usage abusif de filtres de couleurs trouve une explication dramaturgique : la lumière naturelle du soleil provoquant la combustion spontanée des vampires, ces derniers sont contraints de vivre dans des environnements calfeutrés filtrant les rayons lumineux..

L’autre raison de ce ratage réside dans l’appétence que manifeste la série pour l’accumulation de symboles. Nous le rappelions dans ces colonnes lors du dernier festival de Gérardmer, le cinéma de genre, à son meilleur, fonctionne toujours comme un commentaire allégorique. Encore faut-il ne pas se suffire d’additionner les métaphores comme on collectionne des trophées. À ce jeu-là Vampires excelle, évoquant pêle-mêle le destin des sans-papiers, la condition des émigrés tiraillés entre deux cultures, le poids du communautarisme ou la propagation de la drogue au nord de Paris. De ces nombreuses paraboles, la plus intéressante reste somme toute la plus attendue : celle des tourments adolescents de Doïna, chez qui le vampirisme canalise les premiers émois sexuels. Si cet horizon évoque immanquablement la saga Twilight, c’est sur son versant le plus déplorable que la série s’en rapproche le plus. Souvent associée au déploiement d’une bestialité sauvage, mais aussi à des comportements sexuels jugés à la marge (cf. nos analyses des Lèvres rouges et de Du sang pour Dracula), la figure du vampire est porteuse d’un trouble favorable aux récits d’émancipation. Vampires dessine au contraire le portrait de créatures acariâtres et à la sexualité présentée comme honteuse ou maladive, quand les grandes bacchanales vampiriques n’aboutissent tout simplement pas à une tentative de viol lors d’un rituel. C’est par exemple le cas d’Irina, la sœur de Doïna à l’origine des représailles des Nemeth, d’abord présentée en train de coucher vénalement avec son patron pour obtenir du sang, avant de s’effeuiller devant une webcam dans sa chambre. C’est aussi celui de Ladislas Nemeth, dont l’homosexualité latente est associée d’emblée à son statut de « camé qui ne sert à rien ». Cette approche étrangement puritaine de la sexualité finit par montrer que Vampires, sous couvert de dépoussiérer le mythe, n’en offre finalement qu’une version assez rétrograde.

Notes

Notes
1 À la décharge de la série, on notera cependant que l’usage abusif de filtres de couleurs trouve une explication dramaturgique : la lumière naturelle du soleil provoquant la combustion spontanée des vampires, ces derniers sont contraints de vivre dans des environnements calfeutrés filtrant les rayons lumineux.

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