Accueil > Actualité ciné > Critique > X-Men : Days of Future Past mardi 20 mai 2014

Critique X-Men : Days of Future Past

Requiem pour une VHS, par Adrien Dénouette

X-Men : Days of Future Past

réalisé par Bryan Singer

À tous les amoureux des deux premiers épisodes de la série, autant le dire tout de suite, le retour de Bryan Singer aux commandes de la franchise la plus prolifique des supers-héros ne confirme pas vraiment ses promesses. Passé un premier tiers plutôt fidèle à la petite cuisine assaisonnée d’étrangeté et de noirceur du papa d’Usual Suspects (sur 2h15 ce n’est quand même pas rien), la machinerie se vautre lamentablement dans ses rouages pontifiants, emportant, sur les deux tiers restant (sur 2h15 c’est franchement ennuyeux), nos espoirs d’ados des années 2000 dans une digitale-ratatouille bien grumeleuse aux relents de déjà-(mal) vu. Pourtant, tous les ingrédients semblaient réunis pour clore en apothéose l’épopée feuilletonesque en sept épisodes de Wolverine et ses congénères plus ou moins belliqueux. À commencer par le rassemblement de tous les acteurs du premier film, d’un Hugh Jackman réincarné en biceps à une version empaillée d’Ian McKellen (Magnéto), en passant par la figuration sénile de Halle Berry (Tornade), shampooinée pour l’occasion à l’eau de Javel, trébuchant tous ensemble dans une valse de grabataires aux allures de testament d’Expendables encore plus fatigués que les originaux.

Pastichoïde

Tout commence avec un flash-back de vingt-deux ans : retour en 1992, à l’univers et au scénario de Terminator 2 : Le Jugement dernier, cité dans le celluloïd. Pour faire court, dans un monde post-apocalyptique où les hommes sont enfin parvenus à décimer les mutants et leurs sympathisants humains, Charles Xavier, Magnéto, Wolverine, Tornade et quelques survivants – dont Omar Sy, insipide en « Edgar Davids » de service, avec dreadlocks et yeux ultraviolets – décident d’envoyer un émissaire dans le passé pour changer le cours de l’histoire. On passe sur les détails, paresseux, d’un canevas cameronien bien plus fade que l’original, pour arriver à Wolverine, téléchargé dans les seventies en vitesse 4G, tâché de contrarier la jeune Mystique (Jennifer Lawrence, étonnamment plus crédible que dans le dernier X-Men : First Class) résolue à buter le super-vilain du millésime 2014 : un nain sur le point de créer des androïdes anti-mutant, confectionnés à partir de son sang de métamorphe à elle, la fameuse Mystique – qui, pour mémoire, peut prendre l’apparence de n’importe qui. Pour illustrer le pastiche, rendons hommage à la scène plutôt réussie du réveil de Logan (prénom civil de Wolverine) dans le passé, débarquant du futur nu dans le lit d’un « one shoot » évidemment hyper sexy. En clin d’œil à la scène auto-parodique de Schwarzy dans un bar de motards au début de T2, Hugh Jackman exhibe une musculature moulée sur le modèle d’origine, au deltoïde près, exhumant le temps d’une séquence de démonstration de virilité, la bonne vieille carcasse du White man muscled des années Reagan. Conférant à l’univers des X-Men une historicité et un fond de toile vaguement politique, le détours du jeu référentiel dote Singer d’une marge de manœuvre moins étriquée qu’il n’y paraît. Malicieux dans sa mise en route, le film actionne des leviers plutôt simples : on y retrouve les mutants un à un, plus jeunes, sous les traits des McAvoy (en Charles Xavier chevelu) et Fassbender (en Magnéto canon) vus dans le précédent numéro, on y recrute de la mauvaise graine gavée de talent et on y reforme le crew « à l’ancienne », à grand renfort d’humour potache et de private jokes. Mais qu’on se le dise, le film n’ira jamais plus loin. Et la séquence d’évasion de Magnéto, de loin la plus intense et la mieux construite, fait office d’anecdote insulaire, noyée dans les flots d’une narration casse-tête et échevelée.

Digital Biactol

Quand tout s’accélère, et que les événements s’empilent scolairement sur le modèle des gros blockbusters pontifiants à la Christopher Nolan (pour donner un semblant d’envergure à des fictions qui réclament d’abord un univers propre et de l’étrange), on pense, un peu nostalgiques, au film de 2000, qui relançait magistralement la mode des justiciers dans une économie d’effets qui semble aujourd’hui complètement désuète. Si les dialogues n’ont jamais été le point fort des scénaristes de Singer (il faudrait compter le nombre d’injonctions à « l’espoir » prononcées par Charles Xavier, tous films confondus), trop peu de réalisateurs semblent avoir tiré les leçons de son usage de l’ombre et du maquillage dans la représentation de la monstruosité. Alors que la grande majorité des films de super-héros surenchérissent dans le spectaculaire ultra tape-à-l’œil, arc-bouté sur des effets numériques parfois indignes du niveau de la production (à titre d’exemple, la modélisation des sentinelles anti-mutant est calamiteuse), le premier X-Men misait sur l’étrangeté et l’épouvante des éruptions soudaines du particularisme mutagène. Le film s’ouvrait d’ailleurs sur deux très belles séquences d’initiation adolescente. Et le pouvoir était moins traité en gadget qu’en secret pubertaire, en difformité cachée, source d’angoisses, d’exclusion et de mal de vivre. Exit le point de vue épidermique, quand l’anomalie bourgeonnait comme une poussée d’acné, balayé d’un revers de manche. On regrette aussi l’attraction inquiète d’un visage artisanalement grimé comme le « crapaud », ou les transformations sur-découpées de la première Mystique, opérées dans l’obscurité ou le battement d’une cloison, remplacés depuis par des morphings numériques lisses et bon marché. Depuis dix ans et les illusions d’une technologie capable de tout montrer, l’ère du tout visible condamne l’image et les personnages à la surbrillance. Aucun mystère n’est plus permis, les monstres sont dévoilés d’emblée et leur étrangeté confisquée, neutralisée au bénéfice de situations grotesques et interchangeables d’un univers à l’autre – la séquence finale du stade de football déraciné par Magnéto rappelant sans complexe l’effondrement spectaculaire du terrain de The Dark Knight Rises (2012).

Dès lors, comment ne pas voir les premiers acteurs de la licence comme les fossiles d’un cinéma du passé, où l’intrigue commençait sous la peau des héros pour s’achever dans un corps à corps entre bons et méchants ? Dorénavant, les personnages agitent des pouvoirs de plus en plus sophistiqués, et se retrouvent disposés comme des pions sur l’échiquier de récits platement eschatologiques. Hanté par la viralité des médias et la menace terroriste, X-Men : Days of Future Past succombe, comme beaucoup de films de super-héros, à la tentation d’élargir le cadre hors de toute proportion humaine, au risque de perdre le spectateur en cours de route. Enfin, il serait peut-être temps de rembobiner les Magnéto, Wolverine et Tornade qui, après quatorze ans de services rendus en combinaisons moulantes, commencent à macérer dans le formol de nos dernières VHS.

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