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Les dix meilleurs films de 2010 selon la rédaction
Hors-champ > 4 janvier 2011

| La rédaction |
1. Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures de Apichatpong Weerasethakul
2. Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans de Werner Herzog
3. Toy Story 3 de Lee Unkrich
4. The Ghost Writer de Roman Polanski
5. Mother de Bong Joon-ho
6. Film Socialisme de Jean-Luc Godard
7. Mystères de Lisbonne de Raúl Ruiz
8. Copie conforme d’Abbas Kiarostami
9. Tournée de Mathieu Amalric
10. Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues
2010, an 1 de cette nouvelle décennie, l’occasion de remettre les compteurs à zéro. Et en effet, quelle année ! Quoi de commun entre un mourant qui dialogue avec les esprits au fin fond de la jungle, le retour d’un cinéaste que personne n’attendait et le troisième opus d’une série de films d’animation produits par l’une des plus grosses machines de Hollywood ? Ils constituent le trio de tête de notre top 10 de l’année 2010, une année dense et étonnante, une année comme on les aime : riche des promesses de la décennie qui commence.
En décernant sa Palme à Apitchatpong Weerasethakul et son Oncle Boonmee, le jury cannois présidé par Tim Burton n’a pas seulement fait preuve d’une audace que l’on n’espérait plus de la part du réalisateur de Alice au Pays des Merveilles (pas cité une seule fois par les rédacteurs de Critikat), mais il a surtout rappelé que le cinéma est avant tout une source inépuisable d’émerveillement, formidable terrain de jeu où la magie est reine. Sentiment partagé par l’ensemble de la rédaction, qui a cité Oncle Boonmee à 16 reprises, dont 6 fois dans les trois premiers : le film se classe logiquement en tête de notre top 10. Consécration, reconnaissance, adoubement pour un cinéaste précieux, raillé par les idiots de la Croisette pour son nom jugé imprononçable et qui pose les bases d’un cinéma sensuel et ludique, singulier et multiple : à la fois expérimental et accessible, Apichatpong Weerasethakul ouvre le bal des années 2010 avec un cinéma transgenre.
Le cinéma, affaire de magie, comme Méliès et les frères Lumière en leur temps, se doit donc aujourd’hui de puiser son inspiration un peu partout. Herzog et Pixar n’ont pas fait autre chose avec le délirant Bad Lieutenant, faux remake du film éponyme d’Abel Ferrara et Toy Story 3, bouleversante conclusion à une trilogie qui résume à elle seule l’Hydre à deux têtes hollywoodienne - art et commerce. En réinventant à la fois un film qui n’est pas le sien et les codes (hollywoodiens) qui ne sont pas ceux de sa culture cinématographique, Werner Herzog se refait un nom et une virginité : le film, peu vu en salles malgré son casting luxueux, est cité à 12 reprises dont 7 fois dans le trio de tête. Les studios Pixar, eux, vont fouiller dans les fondements de l’American Dream pour donner aux produits les plus insidieux du capitalisme (les jouets produits à la chaîne) une mémoire et une conscience politique et sociale qui font défaut à leur patrie. Bouleversant plaidoyer pour la transmission et étonnant outil de réflexion (à quoi servent nos vieux, et que devons-nous en faire ?), Toy Story 3 (3e de notre classement, cité 13 fois) est peut-être le film le plus progressiste de l’année, avec sa Barbie en mode lutte des classes, son Buzz l’Eclair bilingue et chaud comme la braise et son Ken queer dont les lubies vestimentaires ne choquent plus personne.
Redéfinir les genres et repousser les limites de l’identité : si Pixar étonne en abordant ces thèmes, d’autres cinéastes, plus habitués à les brasser dans leur cinéma, ont particulièrement séduit cette année. Du Tournée de Mathieu Amalric (9e, seul film français de notre top 10 avec le Film Socialisme de Godard) aux Nuits d’ivresse printanière de Lou Ye (29e) en passant par Mourir comme un homme de João Pedro Rodrigues (10e), Les Amours imaginaires de Xavier Dolan (11e), La Bocca del Lupo de Pietro Marcello (12e), Kaboom de Gregg Araki (14e) et Ander de Roberto Caston (22e), les corps se transforment et se mélangent, le désir se joue à deux, trois ou plus, entre hétéros, homos, bi, trans ou autres, dans un même mouvement érotique, délibérément romantique ou délicieusement lubrique. De la tragédie à la comédie, les cinéastes sont en pleine révolution sexuelle, même si elle n’est que bavarde en apparence (Copie conforme de Abbas Kiarostami, 8e) et même les poissons chats (Oncle Boonmee), les renards (Fantastic Mr. Fox, 24e), les pneus (Rubber, 25e) et les clowns (En présence d’un clown, 27e) s’y mettent...
Pas en reste pour mettre en scène leur montée de sève, les aînés côtoient les plus jeunes cinéastes dans un parfait équilibre qui aurait fait plaisir aux jouets de Toy Story 3 : une histoire de transmission encore, entre ceux qui continuent envers et contre tout à filmer, de Herzog à un Polanski revigoré (The Ghost Writer, 4e), d’un Godard plus que jamais polémique (au moins à Critikat) à un Ruiz qu’on n’attendait plus (Mystères de Lisbonne, 7e), d’un Moullet qui, toutes proportions gardées, bat des records au box office (La Terre de la folie, 20e) à un Koji Wakamatsu qui remet les pendules à l’heure dans les manuels d’histoire japonaise (Le Soldat Dieu, 30e)... Et Bergman enfin, revenu d’entre les morts, statue du commandeur qui, depuis son île de Farö, veille sur les plus jeunes.
Et les femmes, dans tout ça ? Si elles sont souvent au coeur du récit, figures maternelles tragiques (Mother de Bong Joon-ho, 5e ; White Material de Claire Denis, 15e ; Bright Star de Jane Campion, 17e ; Poetry de Lee Chang-Dong, 18e ; Lola de Brillante Mendoza, 21e), héroïnes passionnées (Copie conforme, Bright Star) ou éternels objets de désir (Tournée, The Social Network, Rubber), elles restent rares derrière la caméra (seules deux réalisatrices dans les 30 premiers : Claire Denis et Jane Campion). Un peu plus bas encore dans le classement, pourtant, une nouvelle génération de réalisatrices (toutes françaises !) attend son tour : Sophie Letourneur, Valérie Donzelli, Rebecca Zlotowski, Claudine Bories, Mariana Otero, Katell Quillévéré... En espérant la consécration avant 2020 ?
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